22/07/2014

La grande faucheuse a pris place dans les chars israéliens

lpv

La grande faucheuse a pris place dans les chars israéliens

Pierre Barbancey
Mardi, 22 Juillet, 2014
M. Abed/AFP
Des victimes dans l’hôpital des martyrs d’Al-Aqsa, cible d’un tir d’obus qui a tué quatre personnes et blessé soixante-dix autres.
Crédit:
M. Abed/AFP
Reportage de notre envoyé spécial à Gaza. Sous le feu des chars et des missiles de l’aviation israélienne, Gaza offre un spectacle de désolation. Hier encore, au moins vingt Palestiniens sont morts, dont neuf membres d’une même famille. Les secours s’affairent à retrouver dans les décombres les corps de victimes des raids de la veille.

Gaza (territoires palestiniens), 
envoyé spécial. La bande de Gaza est toujours sous le feu israélien ; un feu roulant qui ne semble jamais vouloir s’arrêter. Du nord au sud,
c’est un spectacle de désolation. Des villages entiers sont défoncés par les chars et les missiles de l’aviation israélienne, comme à al-Attatra, Beit Hanoun, Beit Lahiya, Jabaliya, Deir el-Balah, Khan Younes et Rafah. Et la ville de Gaza n’est pas plus épargnée. « Delenda Gaza » (il faut détruire Gaza) semble être le mot d’ordre de Benyamin Netanyahou comme
l’envahisseur romain criait : « Delenda Carthago ». Pas un mot de regret, pas une parole visant à l’apaisement de la part du gouvernement israélien qui continue son offensive meurtrière.
Hier, un hôpital du centre de cette langue de terre a été touché. Bilan, au moins quatre morts et des dizaines de blessés. En quatorze jours, 514 Palestiniens ont trouvé la mort. Près de 80 % sont des civils.

AFP / Mahmud Hams
Des secouristes au milieu des ruines le 21 juillet 2014 à Gaza.
Crédit:
AFP / Mahmud Hams

Houssem Laghmiri est épuisé. Lui et sa famille ont passé une deuxième nuit de cauchemar dans le quartier de Chadjaiya, à l’est de Gaza City, dont le nom restera certainement gravé dans les mémoires comme un lieu où des massacres ont été perpétrés. « Nous sommes restés tant que nous avons pu, tient-il à dire lorsque nous le rencontrons à la sortie de cette zone devenue un cimetière gigantesque. Mais cette nuit, les missiles pleuvaient aux alentours. Les Israéliens voulaient absolument qu’on parte. » Comme la veille, où 72 personnes au moins ont trouvé la mort (des cadavres seraient encore sous les décombres de maisons détruites), la grande faucheuse avait pris place dans les chars israéliens. « Quand nous sommes sortis, il y avait encore des cadavres que les ambulances parvenaient tant bien que mal à embarquer », précise Houssem. Ahmed aussi n’en peut plus. Ce lundi matin, avec sa femme, ses filles et ses fils, il s’est décidé à tout laisser derrière lui, certain qu’il ne retrouvera plus rien. Les adolescentes ne parviennent pas à se calmer. Prostrées contre un mur – dérisoire abri alors que le tonnerre des chars se rapproche semant la panique dans la rue où nous nous trouvons –, elles pleurent doucement, le regard d’une tristesse insondable. Malgré le ramadan, il les oblige à boire un peu. Pour les rasséréner autant que pour leur donner quelques forces. « Maintenant, on est dans la rue, on ne sait pas où aller. Les filles ne doivent pas rester dans la rue », plaide-t-il avec dignité. Dans 67 bâtiments surpeuplés de l’ONU où 87 000 déplacés ont trouvé refuge, la place manque. Les femmes et les enfants s’installent à même le sol des couloirs.

Le corps d’élite de l’armée israélienne a été durement touché

« Un membre de la famille a été tué mais nous n’avons pas pu emmener son corps avec nous. Vous comprenez, nous sommes à pied, nous n’avons pas de véhicule », dit cet homme, plein de retenue, comme pour s’excuser. Malgré les épaisses fumées noires qui se dégagent à quelques centaines de mètres de là, signe de l’intensité des bombardements, le père d’Ahmed décide d’y retourner. Ils n’ont plus de nouvelles du frère d’Ahmed. Il veut partir à sa recherche. L’amour d’un père pour ses enfants, que rien n’arrêtera. Avant de prendre la direction de cette nasse en feu, il sort son portefeuille et confie à Ahmed l’argent qui s’y trouve. Il sait qu’il pourrait ne plus jamais revenir… Au total, lundi, plus de vingt Palestiniens sont morts, dont neuf membres d’une même famille, y compris sept enfants, alors que les secours continuaient de retrouver dans les décombres les corps de victimes des raids de la veille. Un chiffre qui, on le sait, sera dépassé lorsque le bilan final de la journée sera établi. Malgré ce désastre humain, cette guerre semble entrer dans une nouvelle phase. Israël pensait vaincre sans péril (et donc triompher sans gloire) mais la résistance armée soutenue par les Gazaouis en a décidé autrement. Le corps d’élite de l’armée israélienne a été durement touché. Treize soldats sont morts, frappés par des mines antichars ou directement lors des combats. Les roquettes continuent à être lancées et des commandos palestiniens parviennent encore à prendre l’ennemi à revers en utilisant des tunnels que le bulldozer israélien n’arrive pas à éradiquer. Pis, ce que craignaient Netanyahou et son état-major s’est produit dimanche soir. Un soldat a été capturé, vraisemblablement dans le quartier de Toufah, à Gaza. Tel-Aviv dément. « Israël ment toujours, indique Mounir El Masri, porte-parole du Hamas, à l’Humanité. La résistance palestinienne ne tombera pas dans ce piège. Que l’occupant ne perde pas de temps. Il doit accepter les conditions de la résistance pour un cessez-le-feu (notamment la levée du blocus imposé depuis sept ans – NDLR). L’échange de leur soldat, Shaul Aron, fera l’objet d’une autre négociation, dans le cadre d’un échange avec les prisonniers palestiniens. » Sur le plan diplomatique, pour l’instant, on ne trouve guère de signes encourageants. Le Conseil de sécurité de l’ONU a bien appelé à « cesser immédiatement les hostilités », et à « la protection des civils » de Gaza où les habitants ne peuvent pas fuir le territoire sous blocus et où les hôpitaux manquent de tout. Mais Netanyahou ne s’y trompe pas, en revendiquant un « soutien très fort au sein de la communauté internationale ». Le ministre israélien chargé des Services de renseignements, Youval Steiniz, a estimé que les « combats risquent de durer longtemps », alors que son collègue aux Communications a dit que ce n’était « pas le moment de parler d’un cessez-le-feu ». Fort de son impunité, de son sentiment d’être au-dessus des lois internationales, Israël s’apprête donc à tuer encore plus de civils dans la bande de Gaza. C’est dans ce contexte que le secrétaire d’État américain, John Kerry, est arrivé dans la région, sans un mot de condamnation pour le massacre perpétré dimanche à Chadjaiya. Ah ! si. Barack Obama « a exprimé sa profonde inquiétude au sujet du nombre croissant de morts, dont un nombre croissant de civils palestiniens et la perte de soldats israéliens » (sic).

 
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16:56 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | | |

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