28/09/2009

27/09/2009: Grève générale en Palestine occupée : la confrontation et le défi...

Sent: Sunday, September 27, 2009 12:01 PM
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Subject: Grève générale en Palestine occupée : la confrontation et le défi

 

Grève générale en Palestine occupée : la confrontation et le défi

 

CIREPAL (Centre d’Information sur la résistance en Palestine)

27 septembre 2009

 

 

Le premier octobre prochain, les Palestiniens de 48 (qui vivent dans l’entité sioniste) organisent une grève générale, à laquelle ont unanimement appelé les forces politiques palestiniennes présentes dans le Haut comité de suivi des masses arabes. Cette grève signifie essentiellement que les régions demeurées majoritairement arabes (Galilée, Triangle et des parties du Naqab) seront entièrement paralysées, y compris dans la partie arabe des villes « mixtes ». Il s’agit d’abord de commémorer le martyre de 13 Palestiniens tombés début octobre 2000, lorsque notre peuple de l’intérieur s’est soulevé, pour contribuer à l’intifada al-Aqsa, déclenchée quelques jours plus tôt.

Il a fallu huit ans pour que les Palestiniens de 48 arrivent à proclamer cette grève, historique dans l’histoire du mouvement palestinien de l’intérieur. En effet, après la terrible répression en octobre 2000 contre les Palestiniens de 48, descendus dans les rues pour protester contre les massacres commis par l’armée sioniste en Cisjordanie (al-Quds y compris) et la bande de Gaza et pour participer à la révolte de notre peuple contre la colonisation et l’occupation, dans l’Intifada al-Aqsa, les Palestiniens de 48 ont célébré, entre 2001 et 2008, la commémoration annuelle en organisant diverses manifestations, dans certaines villes, soit en Galilée soit dans le Triangle.

 

Commission Ur : manœuvre israélienne

Depuis 2001, plusieurs voix et forces politiques réclamaient la grève générale, mais en vain. Certains partis essayaient de « calmer » les masses, préférant discuter avec les institutions sionistes, attendant un geste de leur part, une sorte de « regret » pour les massacres commis ou « des excuses » pour la répression, les actes et les paroles racistes. En vain !! L’institution sioniste, civile, militaire ou sécuritaire, n’a pas bronché, au contraire. La commission israélienne Ur qui avait été formée juste après la révolte pour soi-disant examiner et évaluer les événements (manifestations pacifiques et répression sanguinaire) n’a abouti qu’à faire porter la responsabilité des faits aux dirigeants palestiniens eux-mêmes, accusant sheikh Raed Salah et dr. Azmi Bishara d’être les fauteurs de troubles, parce qu’ils avaient prononcé des discours jugés « extrémistes » par les responsables israéliens. De plus, les militaires et policiers ayant tiré sur les manifestants, tuant 13 civils et blessant près de 500 civils palestiniens, ne seront pas inquiétés, malgré les preuves évidentes de leur implication dans les meurtres intentionnels. Il a fallu le rapport de cette commission, paru en 2005, pour que certains dirigeants comprennent enfin que l’établissement colonial sioniste ne peut aller au-delà de cette manœuvre qui vise à faire croire qu’Israël est un Etat de droit et que tous ses citoyens sont égaux, puisque les Palestiniens de 48 « jouissent » de la citoyenneté israélienne.

 

Depuis octobre 2000 : accentuation du racisme colonial

Le massacre d’octobre 2000 n’a été que le début d’une vague répressive, coloniale et raciste, populaire et officielle, civile, militaire et sécuritaire, contre les Palestiniens de 48 et leur direction politique.

Depuis octobre 2000, les institutions israéliennes ont accentué leur politique d’apartheid envers ce qu’elles considèrent comme la « minorité arabe israélienne » : outre les confiscations des terres (en Galilée et dans le Triangle), les démolitions des maisons (en Galilée et surtout dans le Naqab, partie sud de la Palestine), les pratiques de nettoyage ethnique dans les villes devenues « mixtes » du fait de la colonisation (Yafa, Ramleh, Lidd, Akka et Haïfa) et dans des régions comme le Naqab, outre les actes et les déclarations racistes d’officiels, d’universitaires ou de journalistes israéliens, les masses palestiniennes et leurs directions politiques et civiles sont soumises à l’arbitraire et la répression : arrestations, fouilles et confiscations de matériels et documents, exil forcé, interdictions diverses (de voyager, de se déplacer, etc..). Mais trois faits marqueront la mémoire collective palestinienne, après le massacre d’octobre 2000 : le massacre de Shefa ‘Amr commis par un soldat-colon en août 2005, le pogrom de Akka commis en septembre 2008 et la tentative d’invasion par les colons de Umm al-Fahem, début 2009. Ce qui distingue ces faits de tous les autres, c’est l’impunité officielle envers les colons, responsables de toutes ces attaques. Il est désormais clair, pour ceux qui hésitaient encore, que l’institution officielle israélienne ne peut que soutenir et protéger ses propres colons, à cause de l’idéologie coloniale et raciste officielle.

 

D’un apartheid de fait à un apartheid légalisé

Il est devenu courant de désigner la politique israélienne par apartheid, concernant la Cisjordanie (y compris al-Quds) et de la désigner par racisme concernant les Palestiniens de 48, comme si la politique israélienne envers les Palestiniens de 48 relevait d’un racisme semblable à la France ou à d’autres pays européens. Mais quiconque étudie minutieusement la pratique institutionnelle sioniste envers les Palestiniens de 48, depuis l’occupation de la Palestine en 1948 et la fondation de l’Etat sioniste, réalisera qu’elle est caractérisée par un véritable apartheid auquel s’ajoute une politique de nettoyage ethnique et religieux. Cette distinction entre les deux régimes (Cisjordanie et Palestine occupée en 48) est le fait de ceux qui croient à la légalité et la légitimité de l’Etat d’Israël, croyance qui les empêche de voir le visage hideux du colonialisme dans cette partie occupée en 48 : ils ne voient que la partie superficielle, le racisme envers une catégorie de la population « israélienne ». Mais dans les faits, l’apartheid sioniste s’exerce avant tout envers les Palestiniens de 48, dans tous les détails de vie courante. Il est vrai que les Palestiniens de 48 votent pour des élus à la Knesset, mais ce n’est qu’une façade, qui risque d’ailleurs de tomber ces prochaines années. Mais même concernant ces élections, il faut rappeler que suite à l’expulsion des Palestiniens de leur patrie, en 1948-49, ceux qui sont restés sont devenus une minorité affaiblie, sans direction politique, économique et intellectuelle, face à l’établissement sioniste (ce qui n’était pas le cas des Africains dans l’Afrique du sud). Donc, pour les sionistes, il valait mieux leur accorder ce droit de vote et la citoyenneté, puisqu’ils ne pouvaient représenter aucun danger, à l’époque.

Concernant la citoyenneté israélienne, de plus en plus nombreux sont les Palestiniens de 48 qui la remettent en cause, comme le dit Ameer Makhoul, directeur de l’Union des associations civiles arabes (Ittijah), dont le siège est à Haïfa, dans un article récent :  « la citoyenneté ne protège pas le Palestinien, elle n’est pas une médaille israélienne pour le Palestinien, mais un outil de domination et de domptage entre les mains de l’Etat, alors que pour le mouvement national palestinien de l’intérieur, elle est un outil pour demeurer et défendre la patrie, et y défendre les droits de notre peuple. Quoi qu’il en soit, elle n’est pas un choix palestinien mais une contrainte israélienne ».

L’apartheid israélien de fait pratiqué depuis 1948 est en passe d’être légalisé, avec les lois de plus en plus nombreuses que l’établissement officiel sioniste instaure. Il n’a pas fallu attendre, contrairement à ce que croient beaucoup, l’arrivée au pouvoir de la droite dure pour ce faire, c’est-à-dire février 2009. Dès l’Intifada al-Aqsa, plusieurs lois adoptées par la knesset ou proposées par des groupes parlementaires divers, rejettent les droits des Palestiniens, limitent leur accès à une égalité même de surface, encerclent leur direction et leur présence dans leur pays. Les récentes lois proposées, discutées ou adoptées ne font qu’entériner ce que la gauche sioniste avait envisagée, à demi-mots. C’est cette accentuation de la sionisation musclée, à visage découvert, qui a finalement convaincu ceux qui hésitaient à proclamer la grève générale, à le faire sans hésiter.

 

L’accumulation des confrontations antérieures

Si les Palestiniens de 48 sont parvenus à proclamer la grève générale, le 1er octobre prochain, de manière unanime, c’est aussi et surtout à cause de l’accumulation des luttes qu’ils entreprennent depuis octobre 2000 contre l’institution sioniste, sous toutes ses formes. C’est dans la confrontation que les outils ont été mis au point et ajustés pour arriver à ce stade, reprenant la tradition de la journée de la terre du 30 mars 1976, mais avec une conscience politique plus aguerrie de ce qu’ils sont, de ce qu’ils veulent et de ce à quoi ils aspirent. Il ne s’agit plus seulement de protester contre les confiscations des terres, qui sont d’ailleurs presque entièrement confisquées, plus de trente ans après, mais de s’affirmer palestiniens, et en tant que tels, de contribuer au combat palestinien pour la liberté, contre le colonialisme, l’apartheid et le nettoyage ethnique israéliens.

Et parmi ces outils de lutte forgés dans la confrontation, il y a le haut comité de suivi des masses arabes qui a « osé » proclamer la grève générale. Organe de liaison fondé au début pour contrôler les masses arabes, il est devenu, au fur et à mesure que les luttes s’intensifiaient, un organe partagé entre les nationalistes et les « modérés », pour devenir finalement un cadre portant les aspirations nationales du peuple palestinien de l’intérieur. Bien évidemment, la lutte à l’intérieur du haut comité n’a pas encore entièrement tranché la question, mais des voix de plus en plus nombreuses réclament actuellement l’élection des instances dirigeantes de cet organe par les masses palestiniennnes de 48, alors qu’elles sont jusqu’à présent formées par un consensus très éloigné de la réalité sur le terrain.

La principale contestation de ces élections réclamées émane de certains partis qui craignent que le haut comité ne remplace dorénavant leur représentativité à la knesset, tout comme ils craignent qu’un tel organe, uniquement palestinien, ne franchisse le cap d’une séparation de fait avec la société coloniale israélienne, balayant tout appui ou toute illusion envers la gauche sioniste ou alternative israélienne. Pour ceux qui réclament ces élections, il s’agit de bâtir un véritable outil palestinien représentatif, de liaison et de coordination des luttes face aux menaces de plus en plus évidentes de la part de l’institution sioniste. Il s’agit, non pas de remplacer les partis participant aux élections de la Knesset, mais d’aller au-delà, en tenant compte qu’une part grandissante de la population palestinienne de l’intérieur ne participe plus ou n’a jamais participé, à ces élections. La proclamation de la grève générale par le haut comité de suivi est un pas dans ce sens. Elle vient couronner le débat interne qui dure depuis des années et qui se poursuivra après la grève.

 

La grève générale du premier octobre prochain est la poursuite de la mobilisation exemplaire et la participation massive des Palestiniens de 48 lors de la guerre génocidaire contre la bande de Gaza. Elle est la poursuite de la mobilisation remarquable lors de la guerre de juillet-août 2006 contre la résistance au Liban, comme elle est la poursuite de la mobilisation populaire contre l’invasion de Umm al-Fahem, contre le pogrom à Akka et surtout, contre la judaïsation de la ville d’al-Quds, devenue de fait sous leur protection, puisque ni les Palestiniens de Cisjordanie ni ceux de la bande de Gaza ne peuvent y accéder et la défendre. Une lourde responsabilité pèse aujourd’hui, comme elle a toujours pesé, sur leurs épaules.

C’est pourquoi il est important que les amis du mouvement palestinien de libération se mobilisent pour soutenir le combat des Palestiniens de 48, non pas seulement lorsqu’ils participent au combat palestinien à Gaza ou en Cisjordanie, mais aussi et surtout lorsqu’ils se mobilisent et affrontent, les mains nues, l’institution sioniste, civile, militaire, politique ou sécuritaire, pour protester contre le racisme colonial qui cherche soit à les israéliser soit à les expulser.

Dans la pratique, il est possible de contribuer au soutien de leurs luttes en les faisant participer à tout débat organisé sur la cause palestinienne, et non seulement sur leurs propres luttes, en les invitant aux côtés des autres Palestiniens, réfugiés ou de Cisjordanie et de Gaza. Ensuite, faire connaître leur situation, leurs luttes et leurs analyses, en évitant de les intégrer dans « les affaires internes israéliennes » et en les dissociant des Israéliens, quelle que soit la nature de ces Israéliens, gauche, extrême-gauche ou autres. Puis, finalement, en tentant de porter la présence des Palestiniens de 48 dans leur propre pays colonisé devant les instances internationales, même si ces dernières sont encore timides ou franchement pro-sionistes. Défendre la présence et le droit des Palestiniens de 48 devant les instances internationales a une double portée : d’abord médiatique, mais surtout politique, puisqu’il s’agit de frapper l’Etat sioniste au cœur, lui qui considère les Palestiniens de 48 comme étant une affaire interne et que toute revendication de ce type, une intervention dans ses « affaires internes ». C’est à ce niveau que l’Etat sioniste peut être affaibli et démantelé, progressivement, tout en permettant à notre peuple de l’intérieur de s’affermir, d’être une épine mortelle dans le cœur de l’entité israélienne.

03:06 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, courcelles, presse, sionisme, palestine, television, romain, racisme, colonialisme, fascisme, israel, silence, medias |  Facebook | |  Imprimer | | | | |

27/09/2009

26/09/09: Agression de Gaza : « un nom sur chaque balle »...

Agression de Gaza : « un nom sur chaque balle »

Gideon Levy, éditorialiste et membre de la direction du quotidien Haaretz, que Le Monde a surnommé "une épine dans le flanc d´Israël", est l´honneur du journalisme israélien. Il a signé dans l´édition électronique d´Haaretz du 17 septembre dernier un texte poignant, traduit en français par Info-Palestine sous le titre d´Eviter la honte à La Haye. Nous le publions à notre tour, en le dédiant à ceux des nombreux juifs de notre pays si aveugles dans leur défense inconditionnelle de l´Etat hébreu. Aux dirigeants du Crif, aux Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler ou autre André Glucksmann, ainsi qu´à nos gouvernants complices, nous proposons de méditer la proposition suivante : les Justes d´aujourd´hui sont aux côtés du peuple palestinien opprimé.

Il y a un nom sur chaque balle, et un responsable pour chaque crime. Le voile de teflon dont Israël s´était recouvert depuis l´opération "Plomb durci" a été arraché une fois pour toute, et maintenant il va lui falloir affronter les questions difficiles. Il est maintenant superflu de demander si des crimes de guerre ont été commis à Gaza, car la réponse nette et qui fait autorité a déjà été donnée. Aussi la question qui doit être posée maintenant est : qui est responsable ? Des crimes de guerre ont été commis à Gaza, il s´ensuit qu´il y a des criminels de guerre en liberté parmi nous. Ils doivent en être tenus responsables et punis. Telle est la conclusion rigoureuse qu´il faut tirer du rapport concis des Nations unies.

Depuis presque un an, Israël essaie de soutenir que le sang versé à Gaza n´était que de l´eau. Un rapport suit un autre rapport, avec les mêmes résultats effroyables : un siège, du phosphore blanc, le mal fait à des civils innocents, une infrastructure anéantie ; des crimes de guerre, dans tous les rapports sans exception. Après la publication du rapport le plus important et le plus accusateur de tous, celui établi par la Commission conduite par le juge Richard Goldstone, les tentatives d´Israël aujourd´hui pour le discréditer sont ridicules, et les fanfaronnades creuses des porte-paroles d´Israël sont pathétiques. (...)

Nul ne peut douter des compétences juridiques de Goldstone, comme juriste de niveau international avec une réputation irréprochable. L´homme qui a découvert la vérité sur le Rwanda et la Yougoslavie a agi de même pour Gaza. L´ancien procureur en chef du Tribunal pénal international de La Haye n´est pas seulement une autorité juridique, il est aussi une autorité morale ; par conséquent, les reproches portés contre lui ne tiennent pas la route. A la place, on ferait mieux de regarder de plus près l´accusé, et il est temps. Ces responsables, ce sont d´abord et avant tout Ehud Olmert*, Ehud Barak et Gabi Ashkenazi. Jusqu´alors et de façon incroyable, aucun d´entre eux n´a payé le moindre prix pour ses méfaits.

"Plomb durci" a été une agression sans retenue, où une population civile totalement démunie de protection n´a montré quasiment aucun signe de résistance pendant l´opération. Cette agression aurait dû soulever un tollé immédiat en Israël. Elle fut un Sabra et Chatila, perpétré cette fois par nous-mêmes. Mais s´il y eut une tempête de protestations dans le pays après Sabra et Chatila, après "Plomb durci", on a décerné des citations.

Il aurait dû suffire de regarder la disparité effroyable dans les victimes - 100 Palestiniens tués pour chaque Israélien - pour secouer la société israélienne tout entière. Il n´y avait nul besoin d´attendre Goldstone pour comprendre que quelque chose d´épouvantable s´était produit entre le David palestinien et le Goliath israélien. Mais les Israéliens ont préféré regarder ailleurs, ou se tenir avec leurs enfants sur les collines autour de Gaza et applaudir à chaque bombe qui faisait son carnage.

Sous couvert de médias engagés, d´analystes et spécialistes criminellement partiaux - qui tous ont empêché les informations de paraître - avec un lavage de cerveau d´une opinion publique sans vigilance, Israël s´est comporté comme si rien n´était arrivé. Goldstone a mis un terme à cela et pour cela, nous devons le remercier. Après, son travail est fini, des mesures concrètes évidentes vont être abordées.

Il aurait mieux valu pour Israël d´avoir eu le courage de changer de cap pendant qu´il était encore temps, et sans attendre Goldstone, d´enquêter véritablement sur la question et non pas ordonner ces investigations grotesques des Forces de défense d´Israël. Il faut faire payer le prix à Olmert et Tzipi Livni de leur décision scandaleuse de ne pas coopérer avec Goldstone, même si à ce point, ça ne sert à rien. Maintenant que le rapport est mis sur la voie du Tribunal pénal international et que des mandats d´arrêt peuvent être délivrés, tout ce qui reste à faire c´est de mettre en place immédiatement une commission d´enquête afin d´éviter la honte à La Haye.

Peut-être que la prochaine fois que nous nous lancerons dans une nouvelle guerre, vaine et misérable, nous prendrons en compte non seulement le nombre de victimes que nous sommes susceptibles d´assumer, mais aussi les dommages politiques lourds que provoquent de telles guerres.

A la veille du Nouvel An juif, Israël devient, et c´est justifié, un pays rejeté et détesté. Nous ne devons pas l´oublier une seule minute."

10:47 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, courcelles, usa, presse, sionisme, palestine, television, romain, racisme, colonialisme, europe, fascisme, imperialisme, euro-dictature, israel, occupation, silence, medias |  Facebook | |  Imprimer | | | | |

26/09/2009

25/09/09: Une interview exclusive de Khaled Meshal, dirigeant du Hamas

"Un règlement pacifique réaliste du conflit devra commencer par un accord de cessez-le-feu entre les deux parties basé sur un retrait total d´Israël de tous les territoires occupés en 1967"

Une interview exclusive de Khaled Meshal, dirigeant du Hamas

AUTEUR: Ken LIVINGSTONE
Traduit par Anne-Marie Goossens et Claude Zurbach. Édité par Fausto Giudice

Ken Livingstone discute en exclusivité de religion, de violence et des chances pour la paix avec le leader du Hamas, Khaled Meshal.

Khaled Meshal est responsable du bureau politique du mouvement Hamas

La clé de la paix au Moyen-Orient est la restauration du droit international et la reconnaissance du droit, tant pour les Palestiniens que pour les Israéliens juifs, de vivre en paix et en sécurité côte à côte. Comme le dit le président Obama, il n´y a actuellement pas de processus de paix. Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, continue à étendre les colonies illégales en Cisjordanie et à Jérusalem et à maintenir le blocus quasi complet de Gaza. Les Palestiniens tirent des roquettes inefficaces sur Israël. Israël attaque régulièrement les territoires palestiniens au moyen d´armes modernes.

Aucun conflit majeur ne peut être résolu sans que chaque côté parle avec l´autre. Ce fut le cas en Afrique du Sud, en Irlande et dans d´innombrables autres situations où les intéressés avaient dit qu´ils ne parleraient jamais avec leurs adversaires. Dans les années 80, j´ai été contesté pour avoir dit que la solution du conflit en Irlande exigeait que l´on parle avec Gerry Adams et Martin McGuinness.

Au Moyen-Orient, la paix ne peut être réalisée que par des discussions entre les représentants élus, tant des Israéliens que des Palestiniens, à savoir le Hamas - qui a remporté les dernières élections parlementaires palestiniennes avec une importante majorité - ainsi que le Fatah. Cela ne veut pas dire que je sois d´accord avec les vues du Hamas, du Fatah ou du gouvernement israélien. Loin de là. Par exemple, je crois qu´un certain nombre de passages de la charte originale du Hamas sont inacceptables et devraient être rejetés. Beaucoup d´observateurs pensent que ce point de vue est partagé par certains membres du Hamas.

Pourtant, aux yeux de trop de gens, le Hamas reste opaque en tant qu´organisation . Ce qu´ils en savent provient de médias hostiles ; le Hamas n´a pas de visage. La plupart des gens pensent probablement que son dirigeant est un personnage dérangé du genre Oussama Bin Laden. De fait, les partisans d´Al Qaida à Gaza sont tellement hostiles au Hamas qu´ils lui ont déclaré la guerre.

Pour ces raisons, j´ai pensé qu´il était important d´interviewer Khaled Meshal, dirigeant de facto du Hamas qui vit en exil en Syrie. Toutes les questions ne sont pas claires. Mais au début de tout processus de paix, ce qui compte le plus est de s´y engager. Le dialogue est nécessaire pour arriver à la clarté et à la compréhension mutuelle. Au début, le Sinn Fein n´a pas répondu à toutes les questions, pas plus que Benjamin Netanyahou aujourd´hui. Meshal donne ses réponses à un moment de tension accrue et de nouvelles menaces de mort à son endroit qui s´ajoutent au danger permanent de tentatives d´ assassinat non seulement de la part ds Israéliens, mais également des partisans d´Al Qaida dans la région.

J´espère que cette interview contribuera à plaider en faveur du dialogue nécessaire, qui est, je le crois, inévitable. Il s´agit simplement de savoir combien de souffrance subiront les deux côtés avant d´arriver à ce stade.

Ken Livingstone : Pourriez-vous expliquer un peu votre enfance et les expériences qui ont fait de vous ce que vous êtes aujourd´hui ?

Khaled Meshal : Je suis né dans le village de Silwad en Cisjordanie, près de Ramallah, en 1956. Tout jeune, j´ai appris de mon père comment il avait participé à la révolution palestinienne contre le mandat britannique en Palestine dans les années trente et comment il s´était battu aux côtés d´autres Palestiniens, avec des armes primitives, contre les gangs de sionistes bien équipés et entraînés qui attaquaient des villages palestiniens en 1948.

J´ai vécu à Silwad pendant 11 ans jusqu´à la guerre de 1967, où, comme des centaines de milliers de Palestiniens, j´ai été forcé avec ma famille de quitter notre maison et de m´établir en Jordanie. C´est une expérience bouleversante que je n´oublierai jamais.

KL : Que vous est-il arrivé après la guerre ?

KM : Peu après, j´ai quitté la Jordanie pour le Koweït où mon père travaillait et vivait déjà avant 1967. Après avoir terminé l´école primaire en 1970, je suis entré dans la prestigieuse école secondaire Abdullah al-Salim. Au début des années 70, c´était un lieu d´intense activité politique et idéologique.

Pendant ma deuxième année à l´école al- Salim, je suis entré chez les Frères musulmans (al-Ikhwan al-Muslimun). Après ma quatrième année, j´ai réussi à entrer à l´université de Koweït, où j´ai fait un Bachelors of science en physique.

L´Université de Koweït avait une branche active de l´Union générale des étudiants palestiniens (GUPS), qui avait été sous le contrôle total du mouvement Fatah. Moi-même et mes compagnons islamistes avons décidé, en 1977, d´adhérer à la GUPS, que nous avions auparavant boudée parce que nous contestions l´élection de ses dirigeants. Toutefois, il nous a été impossible de travailler au sein de la GUPS ; nous nous sentions constamment bridés et nous nous sommes rendus comptes qu´en tant qu´islamistes, on ne nous laisserait jamais la moindre chance.

En 1980, deux ans après mon diplôme, mes compagnons plus jeunes ont décidé de quitter la GUPS et de former leur propre association palestinienne sur le campus. Beaucoup d´étudiants étaient déçus par la direction palestinienne qui semblait disposée à se contenter de beaucoup moins que ce dont ils rêvaient depuis leur enfance, à savoir la libération complète de la Palestine et le retour de tous les réfugiés chez eux.

KL : Quelle est la situation à Gaza aujourd´hui ?

KM : Gaza aujourd´hui se trouve sous le siège. Les passages sont fermés la plupart du temps et depuis des mois, les victimes de la guerre israélienne contre Gaza se sont vu refuser l´accès aux matériaux nécessaires pour reconstruire leurs maisons détruites. Dans de nombreuses parties de la Bande de Gaza, il faut reconstruire des écoles, des hôpitaux et des maisons. Des dizaines de milliers de personnes n´ont pas d´abri. À mesure que l´hiver approche, la situation de ces victimes ne fera qu´empirer dans le froid et sous la pluie.

Un million et demi de personnes sont détenues comme otages dans l´une des plus grandes prisons de l´histoire de l´humanité. Elles sont incapables de sortir librement de la Bande, que ce soit pour un traitement médical, pour leur éducation ou pour d´autres besoins. Ce que nous avons à Gaza est un désastre et un crime contre l´humanité perpétré par les Israéliens. Par son silence et son indifférence, la communauté mondiale, est complice de ce crime.

KL : Pourquoi pensez-vous qu´Israël continue à imposer le siège à Gaza ?

KM : Les Israéliens prétendent qu´ils maintiennent le siège pour des raisons de sécurité. Leur véritable motif est de faire pression sur le Hamas en punissant toute la population. Les sanctions ont été mises en place peu après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes en janvier 2006. Bien que les Israéliens aient des soucis de sécurité, ce n´est pas leur principale motivation. Leur objectif est avant tout de préparer un coup monté contre les résultats des élections démocratiques qui ont amené le Hamas au pouvoir.

Les Israéliens et leurs alliés cherchent à faire échouer le Hamas en persécutant la population. C´est une entreprise hideuse et immorale. Aujourd´hui, le siège se poursuit bien que nous observions le cessez-le-feu depuis six mois. L´année dernière, une trêve a été observée de juin à décembre 2008.

Pourtant le siège n´a jamais été levé et les sanctions sont restées en place. Saper le Hamas est le principal objectif du siège. Les Israéliens espèrent retourner la population de Gaza contre le Hamas en augmentant les souffrances de toute la population de la Bande.

KL : Il y a combien de partisans du Hamas et de représentants élus du Hamas emprisonnés en Israël ? Ont-ils tous étés inculpés et déclarés coupables ?

KM : Sur les 12 000 Palestiniens au total détenus dans les prisons israéliennes, quelque 4 000 sont membres du Hamas. Ce nombre comprend notamment des dizaines de ministres et de parlementaires (membres du Conseil législatif palestinien). Environ 10 ont été libérés récemment, mais il reste quelque 40 membres du PLC en détention. Certains se sont vu infliger des peines, mais beaucoup sont maintenus dans ce que les Israéliens appellent en détention administrative.

Le seul crime dont ces personnes soient accusées est d´être associées au groupe parlementaire du Hamas. Israël considère qu´exercer son droit démocratique est un crime. Tous ces parlementaires sont traduits devant un système israélien de justice qui n´a rien à voir avec la justice. Le système judiciaire israélien est un instrument de l´occupation. En Israël, il y a deux systèmes de justice : l´un s´applique aux Israéliens et l´autre aux Palestiniens. C´est un régime d´apartheid.

KL : Quel rôle jouent les autres États et institutions comme les USA, l´UE, la Grande Bretagne, l´Égypte ou l´Autorité palestinienne jouent-ils, s´ils en jouent un, dans le blocus de Gaza ?

KM : Le blocus de Gaza n´aurait jamais été imposé sans la collusion des puissances régionales et internationales.

KL : Comment peut-on lever le blocus selon vous ?

KM : Pour la levée du blocus, il faut respecter le droit international. Les droits fondamentaux des Palestiniens et leur droit de vivre dans la dignité et à l´abri de la persécution devraient être reconnus. Il faut qu´il y ait une volonté internationale de servir la justice et de respecter les principes fondamentaux des lois internationales sur les droits humains. La communauté internationale devrait se libérer des entraves de la pression israélienne, parler vrai et agir en conséquence.

KL : Israël dit qu´il a bombardé et envahi Gaza l´année dernière en riposte aux violations répétées du cessez-le-feu par le Hamas et aux tirs de roquettes sur le sud d´Israël. Est-ce le cas ?

KM : Les Israéliens ne disent pas la vérité. Nous avons conclu une trêve avec Israël du 19 juin au 19 décembre 2008. Néanmoins, le blocus n´a pas été levé. Le marché prévoyait un cessez-le-feu bilatéral, la levée du blocus et l´ouverture des passages. Nous avons entièrement respecté le cessez-le-feu tandis qu´Israël ne l´a observé que partiellement, et vers la fin de la période il a repris les hostilités. Pendant toute cette période, Israël a maintenu le siège et n´a ouvert certains des passages que par intermittence, n´autorisant l´entrée que de 10 % au maximum des fournitures répondant aux besoins essentiels de la population de Gaza. Israël a tué la possibilité de renouveler la trêve parce qu´ il l´a délibérément brisée à plusieurs reprises.

J´ai toujours dit à mes visiteurs occidentaux, notamment à l´ancien président US Jimmy Carter, que dès qu´une trêve sera proposée au Hamas comprenant la levée du blocus et l´ouverture des passages, le Hamas répondra positivement. Jusqu´ici, personne ne nous a fait une telle offre. En ce qui me concerne, le blocus équivaut à une déclaration de guerre justifiant l´autodéfense.

KL : Quelle est l´idéologie et quels sont les objectifs du Hamas ?

KM : Notre peuple a été victime d´un projet colonial appelé Israël. Pendant des années, nous avons subi diverses formes de répression. La moitié de notre peuple a été dépossédée et se voit refuser le droit au retour chez lui, la moitié vit sous un régime d´occupation qui viole ses droits humains fondamentaux. Le Hamas lutte pour mettre fin à l´occupation et pour restaurer les droits de notre peuple, notamment le droit de rentrer chez lui.

KL : Quel est selon vous, la cause du conflit entre l´État d´Israël et les Palestiniens ?

KM : Le conflit découle de l´agression et de l´occupation. Nous menons notre lutte contre les Israéliens, non pas parce qu´ils sont juifs, mais parce qu´ils ont envahi notre patrie et nous ont dépossédés. Ce n´est pas parce que les juifs ont été auparavant persécutés en Europe qu´ils ont le droit de prendre notre terre et de nous jeter dehors. Les injustices subies par les juifs en Europe ont été horribles et criminelles, mais elles n´ont pas été commises par les Palestiniens, les Arabes ou les musulmans. Alors, pourquoi devrions-nous être punis pour les fautes des autres ou nous ferait-on payer pour leurs crimes ?

KL : Croyez-vous qu´Israël compte continuer à reculer ses frontières ?

KM : Israël n´a pas de frontières définies. Quand Israël a été créé dans notre patrie il y a 62 ans, ses fondateurs rêvaient d´un « Grand Israël » allant du Nil à l´Euphrate. L´expansionnisme s´est manifesté à plusieurs occasions : en 1956, en 1967 et plus tard lors de l´occupation d´une partie du Liban dans les années 80. La faiblesse des Arabes, la supériorité militaire d´Israël, le soutien accordé par les puissances occidentales à Israël, et les massacres que celui-ci était prêt à commettre contre des civils sans armes en Palestine, en Égypte et au Liban, lui ont permis de s´étendre par étapes.

Bien que beaucoup d´Israéliens aient toujours des idées expansionnistes, il semblerait que ce ne soit plus une option pratique. La résistance libanaise et palestinienne a forcé Israël à se retirer unilatéralement de terres qu´il avait antérieurement occupées suite à la guerre et à l´agression. Alors que par le passé Israël a pu battre plusieurs armées arabes, il est confronté aujourd´hui à une redoutable résistance qui fera non seulement pièce à son expansionnisme, mais qui l´obligera également avec le temps à lâcher de plus en plus de terres occupées illégalement.

KL : Quelles sont vos principaux objectifs ? Le Hamas est-il principalement une organisation politique ou religieuse ?

KM : Le Hamas et un mouvement de libération nationale. Nous ne voyons pas de contradiction entre notre identité islamique et notre mission politique. Tout en nous confrontant aux occupants par le biais de la résistance et de la lutte pour obtenir les droits de notre peuple, nous sommes fiers de notre identité religieuse tirée de l´islam.

Mais à la différence de l´expérience faite par les Européens avec le christianisme, l´islam ne prévoit pas, n´exige pas ni ne reconnaît une autorité ecclésiastique. Il fournit simplement une série de directives larges dont l´interprétation détaillée est soumise à la réflexion humaine (ijtihad) et en découle.

KL : Est-ce que vous visez la destruction d´Israël ?

KM : Ce qui se passe en fait c´est la destruction du peuple palestinien par Israël ; c´est lui qui occupe notre terre, nous exile et nous tue, nous incarcère et persécute notre peuple. Nous sommes les victimes, Israël est l´oppresseur et ce n´est pas l´inverse.

KL : Pourquoi le Hamas adopte-t-il la force militaire dans ce conflit ?

KM : La force militaire est une option à laquelle notre peuple a recours parce que rien d´autre ne marche. La conduite d´Israël et la complicité de la communauté internationale, que ce soit sous forme de silence, d´indifférence ou de participation, justifie la résistance armée. Nous aimerions tellement que ce conflit soit résolu pacifiquement.

Si l´occupation devait cesser et que notre peuple puisse exercer son autodétermination dans sa patrie, il ne serait pas nécessaire d´avoir recours à la force. La réalité est que près de 20 ans de négociations de paix entre les Palestiniens et les Israéliens n´ont restauré aucun de nos droits. Au contraire, les compromis unilatéraux passés par l´équipe de négociation palestinienne nous ont fait subir plus de souffrances et de pertes.

Depuis que l´OLP a conclu l´accord de paix d´Oslo avec Israël en 1993, les Israéliens ont exproprié de nouvelles terres palestiniennes en Cisjordanie afin de construire des colonies juives illégales, d´étendre les colonies existantes ou de construire des routes réservées exclusivement aux Israéliens vivant dans ces colonies. Le mur d´apartheid que les Israéliens ont érigé en Cisjordanie a absorbé de vastes terres qui étaient censées être rendues aux Palestiniens d´après le traité de paix.

Le mur d´apartheid et des centaines de postes de contrôle ont transformé la Cisjordanie en une série d´enclaves isolées comme les cellules d´une grande prison, ce qui rend la vie intolérable.

Jérusalem est constamment malmenée afin d´en modifier le paysage et l´identité et des centaines de maisons palestiniennes ont été détruites dans la ville et alentour, laissant des milliers de Palestiniens sans abri dans leur propre patrie. Au lieu de libérer les prisonniers palestiniens, les Israéliens ont arrêté 5000 Palestiniens de plus depuis la conférence de paix d´Annapolis en 2007 - action qui atteste que la paix ne les intéresse absolument pas.

KL : Le Hamas s´engage-t-il dans une activité militaire en dehors de la Palestine ?

KM : Non. Depuis sa création il y a 22 ans, le Hamas a confiné son champ d´opération militaire à la Palestine occupée.

KL : Souhaitez-vous établir en Palestine un État islamique dans lequel toutes les autres religions auront un statut subalterne ?

KM : Notre priorité comme mouvement de libération nationale est d´en terminer avec l´occupation israélienne de notre patrie. Une fois que notre peuple sera libre sur sa terre et bénéficiera du droit à l´autodétermination, c´est lui seul qui aura le dernier mot sur sous le système de gouvernement avec lequel il souhaite vivre. C´est notre ferme croyance que l´Islam ne peut pas être imposé aux gens. Nous ferons campagne, dans un processus entièrement démocratique, sur un programme islamique. Si c´est ce que les gens choisissent, alors ce sera leur choix. Nous croyons que l´Islam est la meilleure source d´inspiration et le meilleur garant pour les droits des musulmans comme des non-Musulmans.

KL : Le Hamas impose-t-il la tenue islamique dans Gaza ? Par exemple, est-il obligatoire pour les femmes à Gaza de porter le hijab, le niqab ou la burqa ?

KM : Non. Intellectuellement, la vision du Hamas vient de la culture et de la religion du peuple. L´Islam est notre religion et il est le constituant de base de notre culture. Nous ne refusons pas à d´autres Palestiniens le droit d´avoir des visions différentes. Nous n´imposons aux gens aucun aspect concernant la religion ou leur conduite sociale. Les aspects de la religion dans la société de Gaza sont sincères et spontanés ; ils n´ont été imposés par aucune autorité autre que la foi et la conviction du croyant.

KL : Il est dit que la division dans le peuple palestinien entre Cisjordanie et Gaza et entre le Fatah et le Hamas, qui affaiblit évidemment leur position, est survenue parce que Hamas a pris par la force le contrôle de Gaza. Est-ce vrai et comment expliquez-vous cette division ?

KM : Assurément, la division affaiblit les Palestiniens et nuit à leur cause. Cependant, la division n´est pas le fait du Hamas, mais de l´insistance de certaines parties internationales et régionales à vouloir effacer les résultats de la démocratie palestinienne. Cela les a consternés que Hamas ait été élu par le peuple palestinien.

La division vient de l´existence d´une partie palestinienne qui cherche le soutien de ces mêmes parties régionales et internationales, dont les USA et Israël, qui souhaitent voir Hamas mis hors jeu. Peu après sa victoire aux élections de janvier 2006, tout a été fait pour miner la capacité du Hamas à gouverner.

Après que ces efforts avaient échoué, le général Keith Dayton de l´armée US, qui sert actuellement de coordonnateur de sécurité entre Israël et l´Autorité palestinienne [de Ramallah], avait été expédié à Gaza pour préparer un coup de force contre le gouvernement d´unité nationale conduit par le Hamas et issu de l´accord de la Mecque de 2007. Ce complot a incité le Hamas à Gaza à agir en situation d´autodéfense lors des événements de juin 2007.

Prétendre que le Hamas a effectué un coup de force est sans fondement parce que le Hamas était à la tête d´un gouvernement élu démocratiquement. Tout ce qu´il a fait était d´agir contre ceux qui préparaient un coup contre lui sous la direction et les conseils du général Dayton.

KL : Est-ce que ceux qui ont d´autres vues politiques ou religieuses, comme le Fatah, bénéficient des libertés démocratiques à Gaza ? Quelle est la situation de ceux qui appartiennent au Hamas dans les territoires de la Cisjordanie sous contrôle du Fatah ?

KM : Des factions palestiniennes ont été inspirées par le nationalisme arabe, d´autres par le marxisme ou le léninisme, et d´autres par le libéralisme. Alors que nous sommes persuadés que ces idées sont étrangères à nos peuple et ont échoué à répondre à ses aspirations, nous insistons sur le fait que le peuple est le dernier arbitre sur qui il souhaite voir diriger et par quel système il désire être régi. Ainsi, la démocratie est notre meilleure option pour aplanir nos divergences internes. Il faudra respecter le choix du peuple, quel qu´il soit.

Nous essayons au mieux de notre capacité de protéger les droits humains et les libertés civiques de ceux qui sont affiliés au Fatah et à toutes les autres factions dans la bande de Gaza. En revanche, les Palestiniens en Cisjordanie sous occupation israélienne et sous l´Autorité palestinienne de Ramallah continuent de se voir nier leurs droits fondamentaux.

Le Général Dayton supervise en Cisjordanie une répression sévère et brutale contre le Hamas et d´autres groupes palestiniens. Plus de 1000 prisonniers politiques, dont des étudiants, des professeurs d´Université et des professionnels dans tous les domaines sont pourchassés, détenus et torturés, parfois jusqu´à la mort, par les forces de sécurité de l´Autorité palestinienne commandités et entrainées par les USA, les Britannique et l´Union Européenne.

KL : Croyez- vous possible de réunifier le peuple palestinien ? Si oui, comment pensez-vous que cela puisse être fait et dans quel délai ?

KM : Il est possible de réunifier les Palestiniens. Pour que cela se produise deux choses sont nécessaires. D´abord, les interventions et les exigences étrangères doivent cesser. Il faut laisser le peuple palestinien s´occuper de ses propres divergences internes sans pression externe. En second lieu, toutes les parties palestiniennes doivent respecter les règles du jeu démocratique et se soumettre aux résultats de son processus.

KL : Le refus du Hamas de reconnaître Israël est fréquemment cité comme obstacle insurmontable aux négociations et à un règlement pacifique.

KM : Cette question est uniquement employée comme prétexte. Israël ne reconnaît pas les droits du peuple palestinien, pourtant ceci n´est pas un obstacle pour qu´Israël soit reconnu au niveau international ou participe à des pourparlers. La réalité est que c´est Israël qui occupe la terre et dispose de la plus grande force. Plutôt que de solliciter les Palestiniens, qui sont les victimes, c´est Israël qui est l´oppresseur qui devrait être invité à reconnaître les droits des Palestiniens.

Dans le passé, Yasser Arafat a reconnu Israël mais a il a peu obtenu [en échange]. Aujourd´hui, Mahmoud Abbas reconnaît Israël, mais les dividendes promis dans le processus de paix restent encore à voir.

Israël ne fait de concessions que sous la pression. En l´absence de pression réelle sur Israël par les Arabes ou par la communauté internationale, aucun accord n´aboutira.

KL : Avez-vous une « feuille de route » pour des étapes intérimaires qui pourraient normalement mener à un règlement pacifique du conflit ? Pensez-vous que les juifs, les musulmans et les chrétiens peuvent un jour vivre ensemble et en paix en Terre Sainte ?

KM : Nous, au Hamas, croyons qu´un règlement pacifique réaliste du conflit devra commencer par un accord de cessez-le-feu entre les deux parties basé sur un retrait total d´Israël de tous les territoires occupés en 1967. L´intransigeance israélienne et le manque de volonté pour agir de la part de la communauté internationale sont ce qui empêche ce règlement. Nous croyons que nous pourrons déterminer le futur du conflit uniquement lorsque notre peuple sera libre et de retour sur sa terre.

Il faut rappeler ici que nous ne résistons pas aux Israéliens parce qu´ils sont juifs. Par principe, nous n´avons pas de problèmes avec les juifs ou les chrétiens, mais avons un problème avec ceux qui nous attaquent et nous oppriment. Durant de nombreux siècles, les chrétiens, les juifs et les musulmans ont coexisté paisiblement dans cette partie du monde. Notre société n´a jamais été témoin de ce type de racisme et de génocide contre « l´autre » dont l´Europe a été e théâtre jusqu´à récemment Ces problèmes ont débuté en Europe. Le colonialisme a été imposé à cette région par l´Europe, et Israël a été le produit de l´oppression des juifs en Europe et non pas d´un problème en terre musulmane.

KL : Quel rôle pensez-vous que d´autres pays et organismes, en particulier les USA, l´Union Européenne et la Grande-Bretagne, jouent actuellement dans le conflit israélo-palestinien et dans les divisions entre les Palestiniens ?

KM : Le rôle joué par tous ceux-là a jusqu´ici a été négatif. L´attitude à l´égard des crimes israéliens contre notre peuple a été soit le silence soit la collusion. La politique et les prises de positions adoptées par ces parties ont contribué à la division palestinienne ou l´ont augmentée. D´une part, on énumère des conditions qui ont pour effet de torpiller des discussions sur l´unité et les efforts de réconciliation. D´autre part, certaines de ces parties internationales sont directement impliquées en éliminant nos partisans en Cisjordanie.

Les USA et l´Union Européenne fournissent l´argent, la formation et les conseils pour construire un appareil de sécurité palestinien spécialisé dans la persécution de ceux qui sont critiques vis-à-vis de l´Autorité palestinienne de Ramallah.

Nous sommes préoccupés en particulier par des informations selon lesquelles le gouvernement britannique, directement aussi bien qu´indirectement et au moyen de firmes privées spécialisées en sécurité et de services de vétérans de l´armée, d´officiers de police et d´agents de renseignements, est totalement impliqué dans le programme conduit par le Général Dayton contre le mouvement Hamas en Cisjordanie.

KL : Que devraient faire les pays tels que les USA et la Grande-Bretagne pour aider à un règlement pacifique ?

KM : Ils devraient simplement confirmer le droit international - l´occupation est illégale, l´annexion de Jérusalem est illégale, les colonies sont illégales, le mur de ségrégation est illégal, et le siège de Gaza est illégal. Pourtant rien n´est fait.

KL : Quelles relations le Hamas souhaite-t-il avoir avec le reste du monde, et, par exemple, avec la Grande-Bretagne ?

KM : Le Hamas défend une cause juste. À cette fin, il désire s´ouvrir au monde. Notre mouvement cherche à établir de bonnes relations et à mener un dialogue constructif avec tous ceux concernés par la situation en Palestine.

Source : New Statesman - Exclusive: Hamas leader interview

Article original publié le 17/9/2009

Source de cette traduction :
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7330

Sur l´auteur

Anne-Marie Goossens et Claude Zurbach collaborent au site info-palestine, Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l´intégrité et d´en mentionner l´auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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10:38 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, courcelles, usa, presse, sionisme, palestine, television, romain, racisme, colonialisme, europe, euro-dictature, israel, silence, medias, hamas, impeialisme |  Facebook | |  Imprimer | | | | |