12/12/2007

Palestine • Ils veulent faire de nous des ignorants. Nous ne nous laisserons pas faire ...

En juin 1967, Israël occupait toute la Palestine. Marianne Blume1 a vécu pendant dix ans à Gaza. Elle revient sur la question.

Luc Vancauwenberge
06-06-2007

Que signifie 1967 pour les Palestiniens ?

 

Marianne Blume. En 1948, Israël s’empare de la majeure partie de la Palestine : 800 000 Palestiniens sont chassés de chez eux. C’est la Nakba, la catastrophe. 1967 constitue la deuxième étape : Israël s’empare du reste de la Palestine (Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, ce qu’on appelle « les territoires occupés »).

Après 1967, Israël poursuit sa politique sous des formes différentes. Il continue à vouloir faire disparaître le fait palestinien par la destruction des infrastructures, par la destruction du tissu social et par le sous-développement économique.

 

Pourquoi cette occupation dure-t-elle depuis 40 ans ?

Marianne Blume. Des résolutions ont été votées à l’ONU ordonnant aux Israéliens de se retirer des territoires occupés, de permettre le retour des réfugiés. Mais Israël ne les a jamais appliquées parce qu’il n’y a jamais été contraint !

 

Les Israéliens ont pourtant évacué Gaza en 2005 ?

Marianne Blume. Depuis ce retrait, Gaza est entièrement coupée du monde. Les points de sortie pour les marchandises et pour les personnes sont toujours sous contrôle des Israéliens. Gaza est réellement une prison à ciel ouvert, à la merci des Israéliens qui continuent de bombarder, de faire des incursions. Ils ont toujours le contrôle de la mer et du ciel.

Les Européens avaient construit une usine de conserves à Gaza. Comme Israël empêchait le matériel de passer, l’usine ne pouvait fonctionner. Maintenant, elle est à l’abandon.

En 2006, Israël a bombardé la seule centrale électrique à Gaza. Depuis lors, les Palestiniens dépendent de l’électricité livrée par Israël.

Les gens sont comme mis dans une boîte. C’est l’horreur.

 

Tous les jours, les gens vivent les survols d’avions, des incursions avec d’énormes engins contre lesquels ils ne peuvent rien. (Photo Solidaire, Julien Versteegh)

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Aujourd’hui les Palestiniens s’entretuent non ?

Marianne Blume. Depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas début 2006, l’Union Européenne a arrêté son aide. De ce fait, 160 000 fonctionnaires palestiniens ne sont plus payés. Chaque salaire faisait vivre directement 4 à 5 personnes. Quant à Israël, il refuse de rendre à l’Autorité palestinienne les taxes qu’il perçoit pour elle. Or ces taxes couvrent près de la moitié du budget !

La lutte interpalestinienne est le résultat de l’occupation, de l’isolement complet, de la catastrophe économique et de l’absence totale de perspectives. Les gens sont à cran en permanence. Mais la grande majorité des gens désapprouvent complètement cette lutte fratricide.

 

Comment les Palestiniens réagissent-ils face à cette occupation ?

Marianne Blume. En essayant de vivre le plus normalement possible. Malgré les check-points, mes étudiants arrivaient quand même au cours. Ils faisaient des détours de plusieurs kilomètres parfois au risque de se faire tirer dessus. C’était leur façon de résister. Ils disaient : « L’occupant veut que nous devenions une nation d’ignorants ; nous ne nous laisserons pas faire ».

Les travailleurs restent des heures, parfois des jours aux check-points, imperturbablement !

La résistance se manifeste aussi par la culture. J’ai participé à un groupe de théâtre-action. Ce groupe s’adressait aux gens pour leur montrer quelque chose de positif ou pour faire réfléchir les gens sur le rôle de la femme, sur le travail en Israël et bien d’autres thèmes.

Tous les jours, les gens vivent les survols d’avions, des incursions avec d’énormes engins contre lesquels ils ne peuvent rien. Alors, pour retrouver leur dignité certains se lancent dans des petites actions armées pour montrer aux Israéliens : « vous ne contrôlez pas tout ».

Mais pour moi, la résistance la plus remarquable, c’est cette volonté de continuer à vivre.

 

Que pourrait faire l’Europe dans cette situation ?

Marianne Blume. Israël continue à voler des terres palestiniennes, à construire le mur. Israël poursuit ses destructions, ses assassinats extrajudiciaires. Tout cela en violation du droit international. L’Union Européenne est le premier partenaire économique d’Israël. Elle a donc les moyens de faire pression sur Israël.

1 Marianne Blume a enseigné à l’université Al Azhar à Gaza. Elle est aujourd’hui une des chevilles ouvrières du travail de solidarité avec la Palestine en Belgique. Elle a écrit un livre sur son expérience de « l’intérieur » : Gaza dans mes yeux aux éditions Labor (2006).

07:39 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | | |

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